Méditation: Le désir de sainteté

Méditation:  » Le désir de sainteté « 

 

La question de la sainteté ou du moins de son aspiration se révèle à
notre entendement une question fondamentale. Nous n’aurons
aucunement la prétention, encore moins l’orgueil de l’y traitée si
nous ne sommes quelque part interpellé par cette problématique
évangélique. Nous ne tacherons certainement pas d’essayer d’apporter
un quelconque éclaircissement ou un prétendu dévoilement de ce qui
parait toujours à nos yeux comme un idéal, un accomplissement, une
perfection.
A plus d’un titre, les exigences de notre baptême de ce « oui », de
ce « fiat voluntas » à la Sainte Trinité et au projet du salut divin nous
prirent dans une méditation réflexive parfois interminable de ce qui nous
est proposé comme un commandement voir une nécessité. On pourrait
se demander si Dieu ne se montre pas trop ambitieux quand il nous
engage à la sainteté ? L’homme déchu de sa condition première,
concupiscent n’aurait certainement pas accès à retrouver l’éclat de
cette condition à laquelle il a été étiolé sans que celui qui en était
l’auteur ne lui en fasse la faveur.
En tout état de cause le Christ lui-même nous y engage « Soyez
parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48) et Saint Paul de
renchérir « C’est ainsi qu’Il (Dieu) nous a élus en lui (le Christ), dès avant
la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence,
dans l’amour. » (Ep 1, 4) et cela nous concerne tous, quand même on
est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination
réservée à de rares élus.

Que ne soit vu dans cette tentative de réflexion, autre fait que
l’expression de notre désir personnel à la sainteté d’un cœur ardent et
surtout l’affirmation de notre âme quémandant la moindre parole, acte
ou pensée pouvant l’y aider.
Qu’est-ce qu’un désir ?
Le désir est la prise de conscience d’une tendance particulière qui porte
à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé. (Le Grand Robert 2005)
Qu’est-ce que la sainteté ?
Tout d’abord le Saint du latin sanctus «consacré, vénéré» se définit
comme celui qui mène une vie irréprochable, en tous points conforme
aux lois de la morale et de la religion (Le Grand Robert 2005). Alors, La
sainteté est le caractère, la qualité d’une personne qui est sainte. La
sainteté va au-delà de la pureté car la pureté ne suppose pas la
sainteté.
La sainteté est essentiellement l’imitation du Christ, qui fait de nous
des disciples, à l’école de la Parole et des Sacrements. C’est la
perfection dans la charité, qui implique de rechercher « comme des élus
de Dieu saints et bien-aimés, des sentiments de miséricorde, de bonté,
d’humilité, de douceur, de longanimité ». (Col 3, 12)

Est-ce que je crois que je peux devenir saint ? Est-ce que
j’y aspire, ou désire la sainteté de tout mon cœur ?

I- SAINTETÉ CARACTÈRE UNIQUE A DIEU

La sainteté de Dieu est ce qui le sépare de tous les autres êtres
vivants, ce qui le sépare et le distingue de tout le reste de sa
création.
Le prophète Isaïe (Es 6,3) et l’Apôtre Saint Jean (Ap 4,8) sont ceux
qui nous traduisent le mieux à travers le récit de leur vision cette triple
Sainteté de Dieu : « Saint, saint, saint, le Seigneur… ».
Dieu est saint, sa sainteté n’est pas acquise elle n’est pas partielle
ou temporelle. Nul ne peut la quantifier et même nos faibles mots ne
peuvent exprimer sa caractéristique. Car il s’agit de sa nature en elle-
même. Dieu est la sainteté. Il est fondamentalement Saint, la source de
toute sainteté.
C’est pourquoi, lorsque les anges autour du trône crient les uns aux
autres « Saint, saint, saint », ils expriment avec force et respect la vérité
de la sainteté suprême de Dieu, cette caractéristique essentielle qui
exprime sa nature impressionnante et majestueuse.
De plus, la répétition trois fois exprime la nature de Dieu dans sa trinité,
Dieu en trois personnes, toutes trois égales en sainteté et en majesté.

Jésus-Christ est le Saint qui ne pouvait pas voir la corruption dans la
tombe, mais qui devait être ressuscité pour être exalté à la droite de Dieu
(Actes 2 :27, 13 :33-35). Il « le Saint et le Juste » (Actes 3 :14) dont la mort
sur la croix nous permet de nous tenir debout devant le trône de notre
Dieu saint.
La troisième personne de la trinité : le Saint-Esprit de par son nom montre
la sainteté dans sa nature.
Dieu est le même en Amour et en Sainteté et chez lui « il
n’y a ni changement ni ombre de variation » (Jacques
1 :17). La sainteté de Dieu est éternelle, tout comme il est
lui-même éternel.

II- LA SAINTETE DANS LA BIBLE

Voici quelques passages bibliques faisant référence à la sainteté
de Dieu et de son projet de sainteté pour tout homme :
 La sainteté du Père Ex 15,11 ; 1S 6,20 ; Ps 99,9 ; Is 6,3 ; Ez
39,7 ; Ha 1,13 ; Ap 4,8 15,4.
 Saint, saint, saint, le Seigneur
 Jésus le Saint de Dieu Mc 1, 24
 La sainteté du peuple de Dieu Ex 19,6
 Le lieu Saint et le lieu Saint des Saints du Temple Ex 26,33
 La part d’Aaron et de ses fils de l’offrande d’oblation est
sainte Lv2,3
 La sainteté de l’Arche de l’Alliance 2 Sam 6,6-7
 « Si tu veux être parfait » Mt 19, 21
 Nous le servirons en sainteté Lc 1, 74-75
 Nous prêchons parmi les parfaits 1 Co 2, 6
 La sainteté du Chrétien 1Co 1,8 ; Ac 9,13 ; Col 1,12
 La sanctification du chrétien Rm 6, 19-22 ; 1Th 4,3.7

III- LE DÉSIR DE SAINTETÉ EST-CE DE L’ORGUEIL ?

Thérèse d’Avila déclare « J’avoue que j’ai toujours été animée de
grands désirs », dans le récit de sa vie. « Cheminer d’une manière trop
timide » ne lui convenait pas.
Thérèse pointe ici une de nos réticences majeures pour oser désirer la
sainteté : la crainte que ce désir soit une forme d’orgueil.
Moi, une sainte ? Je ferais mieux de regagner tout de suite
ma place, la dernière, que je n’aurais jamais dû quitter ; je
suis si médiocre.
Selon Thérèse ce problème ne se pose pas : « Je crois, en effet, que
celui qui commence, avec le secours de Dieu, à marcher résolument
vers le sommet de la perfection, ne va jamais seul au ciel. Il entraîne
toujours une foule à sa suite ». Chez Thérèse, le désir apostolique balayait
toute pusillanimité. Mais la question est quand même de taille : comment
conjuguer le désir de la sainteté et l’humilité, si nécessaire justement pour
être un saint ?
À vrai dire, l’humilité que nous mettons si facilement en avant n’est
souvent rien d’autre que la face cachée d’une peur ; celle de nous
engager sur un chemin difficile, ardu, peur d’être arrachés à notre
confort, à notre petite tranquillité. À moins que ce ne soit le manque
d’ambition spirituelle qui nous retienne, ou encore la paresse pour faire
fructifier les talents que le Seigneur nous a confiés.
Jean-Paul II a évoqué le 09 février 2002 lors de sa visite au Grand
Séminaire de la Vierge de la Confiance à Rome, concernant le pape
Jean XXIII, ancien pensionnaire des lieux « son désir de sainteté, mis en
pratique dans sa vie quotidienne ».
Dans le même sens, Saint Augustin déclare que toute la vie du bon
chrétien consiste en un saint désir (ou en un désir de sainteté) : « Tota vita
christiani boni, sanctum desiderium est ».
Ainsi donc nous pouvons élider tout orgueil de toute entreprise à la
sainteté car ce désir ou encore ce saint désir est inspiré de Dieu lui-même
par son esprit saint. Par ailleurs comment obtenir un si grand bien spirituel
sans le vouloir, sans le rechercher, Dieu ne contraint pas à cette finalité.

IV- LES OBSTACLES A LA SAINTETÉ

Même si la sainteté nous parait comme une grâce, il n’en
demeure pas moins que des obstacles sont à franchir pour y
parvenir. Les embûches sur le chemin de tout chrétien peuvent
l’empêcher d’y parvenir. En somme, faire la volonté de Dieu puisse que
c’est ce dont il s’agit ici n’est pas chose aisée pour l’homme et nécessite
des sacrifices, des détachements, des renoncements, vis-à-vis de ce qui
nous retiens et nous rend comme captif de la chair, de notre nature
pécheresse. Ce sont :
 La pusillanimité (faible, lâche, peureux, timide, timoré)
 L’orgueil
 Le manque de Foi, d’Amour et de piété
 Faire sa propre volonté
 L’hédonisme
 La cupidité etc.
 La désobéissance

V- POUR QUI ET PAR QUELS MOYENS ?

 SAINTETE APPEL POUR TOUS
a sainteté n’est pas liée à notre état de vie que ns soyons prêtre ou
religieux mais à la puissance de Dieu et à notre capacité à
l’accueillir. Elle n’est pas liée à une époque ou à un lieu donné. La
sainteté ne se réduit pas aux saints canonisés, elle concerne tous ceux
qui poursuivent le dessein de Dieu dans l’ordinaire d’une existence
même si elle n’est pas connue.
Le Concile Vatican II, dans la Constitution sur l’Eglise, parle avec
clarté de l’appel universel à la sainteté, en affirmant que personne n’en
est exclu : « A travers les formes diverses de vie et les charges différentes,
il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit
de Dieu et qui… marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé
de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire »

Quel que soit ton statut social, ton origine géographie, la couleur de ta peau, ton
statut religieux et ton âge, tu es appelé à la sainteté par le Christ.

 SAINT PAR NATURE ?

Pour le dire encore une fois avec le Concile Vatican II : « Appelés par
Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux,
justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement
devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature
divine et, par là même, réellement saints.
D’autant plus que saints, nous le sommes déjà. L’apôtre Paul dans ses
lettres ne cesse pas de s’adresser ainsi aux chrétiens dans leur singularité
et dans leur ensemble. Saints parce que sanctifiés par le baptême,
habités par l’Esprit, objets de l’amour du Père, devenus fils dans le Fils.
C’est bien cette sainteté qui n’est pas la nôtre mais celle de Dieu, et donc
entièrement reçue, que nous avons à laisser se développer en nous.
Il y a des saints qui ont une vie ordinaire, des saints dans tous les états
de vie ! Il y a des saints dans notre temps, aujourd’hui, dans les familles,
les ménages, les jeunes, les vieux, les bien-portants, les malades ; il y a
des saints dans toutes les circonstances de la réalité. Il nous faut peut-
être donc passer de notre image de la sainteté marquée par les faits
extraordinaires de la vie des saints pour venir à la réalité quotidienne de
la sainteté.

 SAINTETE APPEL DE DIEU ?
Car la parole du Seigneur lui-même ne cesse de nous appeler :
« Soyez saints, car moi Yahvé votre Dieu, je suis saint », dit Yahvé, dans le
livre du Lévitique, à toute la communauté des Israélites rassemblée. À
cette parole de l’Ancien Testament fait écho dans l’Évangile celle de
Jésus à ses disciples: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est
parfait ». À ces paroles, il n’y a pas moyen de résister, il faut marcher vers
la sainteté et essayer de comprendre en marchant.

En fait, devenir saint, c’est devenir ce que l’on est déjà par le baptême.
« N’ayons pas peur de tendre vers le haut, vers les sommets de Dieu ;
n’ayons pas peur que Dieu nous demande trop. » (Benoît XVI, Audience
générale, « La sainteté » Place Saint-Pierre, 13 avril 2011).

 SAINTETE COMME GRACE

La sainteté est simplement une grâce de Dieu, le fait de la désirer
l’est tout aussi.
Dieu est à l’origine de tout don comme l’atteste la petite Thérèse de
Lisieux : « Dieu me donne de lui demander tout ce qu’il veut bien me
donner. »

C’est pourquoi il n’y a aucun mérite et ne peut y avoir aucun
sentiment de supériorité. C’est ce que souligne Benoit XVI dans l’un de
ses discours donnée un jour de la fête de Toussaint : « Une vie sainte n’est
pas principalement le fruit de notre effort, de nos actions, car c’est Dieu,
le trois fois Saint (cf. Is 6, 3), qui nous rend saints, c’est l’action de l’Esprit
Saint qui nous anime de l’intérieur, c’est la vie même du Christ ressuscité
qui nous est communiquée et qui nous transforme. »

Conclusion
En guise de conclusion nous allons d’abord reprendre ce long extrait
de l’œuvre du Père Raniero Cantalamessa, Jésus-Christ, Le Saint de
Dieu, Mame Spiritualité, 1993 : « Comment faire pour entendre ce
cri et y répondre ? Saint Augustin nous fait une suggestion : commencer
à réveiller le désir : « Toute la vie du bon chrétien – écrit-il – consiste en un
saint désir (ou en un désir de sainteté) : Tota vita christiani boni, sanctum
desiderium est. Par le désir, tu te dilates, afin que tu puisses, ensuite, être
rempli, quand tu parviendras à la vision. Dieu, par l’attente, élargit notre
désir, par le désir, il élargit notre âme et, en dilatant, il la rend plus
capable. Vivons donc de désir, ô frères, puisque nous devons être
remplis. » On ne devient pas saint sans un grand désir de le devenir. Mais
qui peut avoir le désir de la sainteté, si l’Esprit-Saint ne le lui infuse ? C’est
E
Page | 8
pourquoi Saint Bonaventure terminait son Itinéraire de l’Esprit vers Dieu
par ces paroles inspirées : « Cette sagesse mystérieuse et cachée, nul ne
la connaît, si ce n’est celui qui la reçoit, nul ne la reçoit si ce n’est celui
qui la désire, et nul ne la désire si ce n’est celui qui est enflammé, à l’intime
de lui-même, par l’Esprit Saint envoyé par le Christ. »
Cet appel à la sainteté, Thérèse l’a ressenti et elle dit : « Je compris
que pour devenir une sainte il fallait beaucoup souffrir, rechercher
toujours le plus parfait et s’oublier soi-même… je ne veux pas être une
sainte à moitié… » Son désir était tellement ardent qu’elle ne cessait de
s’employer à le répéter « Je veux être une sainte ». Dieu à bénit et bonifié
ce désir en faisant grâce à sa servante. Y-a-t-il de plus grand et beau
don que celui de l’union parfaite au Seigneur ? Qu’elle autre
bénédiction pourrions-nous chercher ici-bas que celle de se donner à
celui qui s’est donner pour faire de moi réceptacle plein de lui et
d’idonéité à Sa Sainte Volonté.
Celui qui sait s’abimer dans la prière, se laisser habiter d’une grande
humilité, qui sait se reconnaître véritablement pécheur est sur ce chemin.
Le Christ m’invite à désirer la sainteté. Sans ce désir, le reste ne viendra
pas.

Frère Jean-Kévin AGBAN

 

Bibliographie

-Le Grand Robert 2005
-Bible de Jérusalem.
-Bible TOB.
-Discours de Jean-Paul II au Grand Séminaire de la Vierge de la Confiance à
Rome, le 09 février 2002.
-Textes finaux du concile Vatican 2
-Benoît XVI, Audience générale, « La sainteté » Place Saint-Pierre, 13 avril 2011
-Père Raniero Cantalamessa, Jésus-Christ, Le Saint de Dieu, Mame Spiritualité,
1993
-Sénevé, le journal des aumôneries de l’école Normale Supérieure, Toussaint 2011

-Mgr Bernard LAGOUTTE, je veux être saint, éditorial

-Réflexion du Père Bernard Pitaud, Vouloir être saint n’est pas un désir orgueilleux,
23 octobre 2015

-Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris conférence donnée à Paray-le-
Monial, sous le titre « Soyez saints comme je suis saint »